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textes « X marks the spot »

Textes de l’album “X marks the spot”

LE GRAMME DE SLAM (auteur : Zedrine)

Je m’enfonce au fond d’un vieux bouge infâme
J’y rencontre une jeune femme
pas si mal fagotée,
Elle me glisse :
“Hé… psst, t’as pas du slam ?”

Je répond en ami bien intentionné :
c’est sans souci, jolie chérie, balance la monnaie,
fais péter les biftons
cette fois-ci c’est toi le mich’ton
c’est moi qui encaisse
inversion des rôles, ma belle,
les sensations te font de l’oeil
le 7ème ciel à portée d’oseille,
un simple gramme de mon slam
et tu t’envoles au pays des merveilles

Elle me répond “Vieux, tu t’enflammerais pas un peu ?
et, dis voir combien tu fais le gramme de slam
j’ai p’t’être des plans plus sérieux…”

Heu…
Me baratine pas, j’lui dit,
si t’es ici, ma p’tite dame,
c’est bien qu’t’es en galère
t’as pas l’air en pleine forme
plutôt profil plein drame
genre petite fille paumée qui s’crame,
c’est comme ça quand on manque de came,
quand on manque de came,
quand on manque de came
on est prêt à tout pour sa dose de prose,
prêt à tous les crimes
pour une bonne paire de rimes
bien ajustée mais
je tiens juste à te préciser
que je suis bien armé,
sous ma veste des armées de 14-18,
je garde
un arsenal d’idées
pour dissuader mes mots d’une évasion fortuite,
j’évite toute fuite.

Mais si tu sors ton flouze, alors,
ça peut changer bien des choses,
je t’offre à sentir le corps
de mon esprit tout noir ou tout rose
ou tout multicolore
ou quoi d’autre encore,
c’est comme tu veux, comme tu préfères
c’est toi le client, moi le gangster,
j’exécute qui tu veux, je ressuscite ta mère,
achète-moi ça et plante ton pieu !
je te rend la vie moins amère,
je suis une pute ? tant mieux,
mais vois ce que je peux faire…

Je peux changer le cours des évènements
Je peux renverser d’un coup le gouvernement
Je peux imaginer quelqu’un qui court tout nu sur les mains dans le ciel, évidemment
Je peux te faire mourir de rire le jour même de ton enterrement
Je peux vous dire que je dis la vérité, même si je mens
Je peux aussi me taire pour toujours…

…mais ça te rendrait malade !

Car
Accro tu es, accro tu resteras !
Allez va, je suis pas rat,
aujourd’hui, c’est moi qui offre,
j’ouvre le coffre,
et malgré l’avalanche de mots qui nous étouffent,
les phrases tourbillonantes du monde qui nous entoure,
je rajoute à la tempête,
je vous jette mes réflexions
qui retombent en flocons sur vos têtes
ou en miettes sur vos petons,
en poudre blanche
sur la planche, la poutre crée le dessin,
blanc sur noir,
blanc sur miroir,
émotions scintillantes dans l’obscurité d’un soir,
oui, scintiller dans l’obscurité d’un soir,
c’est là l’objet que je poursuis,
c’est là l’objet que tu convoites,
tout ton corps se fait moite
et moitié fou, ton esprit dérape
et rapelle-toi combien de fois
je t’ai sauvé la vie
apprend à dire merci
merci
merci
merci la pute, merci le mac,
merci le dealer de saloperie
merci pour le crack
merci pour toutes les maladies
merci pour la putain de dépendance
et merci la France
Allez,
Dis-moi merci, merde,
Dis-moi merci,
Dis-moi merci de te sentir en vie !

FAUX SEMBLANT (auteur : Lili June)

Allez, allez !
Encore une journée à passer, à jouer un rôle, à rêver d’un ailleurs,
Encore du temps à tuer et pas le meilleur par erreur
La raison en alerte et le cœur dans une tombe
J’ai le cerveau inerte et la colère qui monte
Putain, j’ai les crocs, faut qu’il se passe quelque chose
Je vais me casser, je vais me barrer, je vais faire péter la cage
Et mettre à l’abordage la petite enfant sage.

Je fais le faux semblant dans la fosse aux lions
Je vois le noir, je vois le blanc et les couleurs dégorgent
On nous apprend à lever le doigt devant le maître
Mais pas le majeur face aux traîtres
Ici tu te forges tout seul et c’est la force qui gagne
L’amour, la haine cash dans ta gueule à la force d’une lame
Le jour je suis en veille, la nuit je suis en vie
Je me suis brûlée les ailes dans cette supercherie.

Allez, allez !
Encore une journée à passer, à jouer un rôle, à rêver d’un ailleurs,
A paraître satisfait, à cacher sa rancœur,
Je voudrais m’évader, ne plus jouer au faux semblant
Oter ma carapace, faire place à l’audace
Je me sens enchaînée à cette image de suppléant
Les pieds et les mains liés, quand il faut être le gagnant
À trop vouloir jouer, on devient le perdant.

Allez, allez !
Encore une journée à passer, à jouer un rôle, à rêver d’un ailleurs,
Un pied dans l’échiquier, je fais le pion à contre-cœur,
Je suis désabusée par tant de sérieux,
Je me sens décalée face aux ambitieux.

Et les questions déferlent à profusion ….

Merde ! Il faut que je sois intense, intéressante, il faut montrer l’exemple.
Ça me stresse, ça me vexe, faut rentrer dans la case de celui qui sait où il va et pourquoi…
Mais moi dans la vie ?
Je vis… tout simplement.

Je fais le faux semblant dans la fosse aux lions
Je vois le noir, je vois le blanc et les couleurs dégorgent…
On nous apprend à lever le doigt devant le maître
Mais pas le majeur face aux traîtres !

ALLEZ!
ALLEZ …

Je me cache derrière mon masque
J’ai perdu mon identité
Je cours après mon visage
Je recherche la réalité.

Où est ma liberté ?
Où est ta liberté ?
Où est ma liberté ?
Où est ma liberté ?

ENVIE QUE LA MER MONTE (auteur : Cyclic)

Posé dans l’angle d’une pièce, recroquevillé dans un coin intime
Un sentiment infirme peine à me donner un signe
Je sens que je dégouline…
Autant creuser un trou pour y poser ma tête
En attendant que la mer monte, je tente de me relever, mais manque de tomber
Comme en équilibre sur une ligne de vie oscilloscopique
Un songe me dévie jusqu’au seuil d’un monde psycho-microscopique
Pour y pénétrer, un simple tour de clé suffirait mais…
J’enfonce la porte…
(Juste pour le style)

A l’intérieur un homme qui me ressemble, recroquevillé dans l’angle d’une pièce,
Je sens qu’il dégouline,
Sa tête et ses mains cognent contre le mur, résonnent,
Je veux déshabiller ma tête
Quitter cette fête
Introspective
Manque de perspective
D’idées objectives
Lance une objection,
Demande un non-lieu,
Pour éviter tout non sens,
Sors de la pièce, en courant à contre-sens.
Je croise, des calendriers géants avec de longues dents
Esquive un banquier carnivore, quand un mendiant m’attrape par le bras
Me dis que j’ai « l’air jeune cool et sympa »,
Et que si je ne lui donne rien alors qui le fera.
Je lui lâche, un euro en bon roi,
Arrondissant mes fins de « moi je »
Les mains moites,
Je crois que je rêve,
Mais sur mes lèvres,
Un hameçon s’enfonce brusquement, avec un ticket de morpion.
Je lutte ardemment, mais la ligne me traîne sur des kilomètres et des kilomètres,
Comme une vulgaire virgule spasmodique et ridicule,
Pour finalement me laisser choir,
Dans le creux d’un trottoir.

Je tends les mains vers l’infini,
Implorant les cieux qu’un raid aérien déverse des caisses de dollars en petites coupures mais rien,
Rien ne vient.
Juste la nuit sourde,
Toulouse remplie comme une gourde de lourde,
Dévore mes tripes,
Met sa main dans mon slip,
Sert fort mon ego trip…
Quelque chose m’échappe
Quelque chose m’échappe
Queque chose m’échappe
Peut-être moi.

Envie que la mer monte
Envie de faire l’autruche
Envie de couper quelques bûches à main nues dans une forêt canadienne,
Envie de croiser des soleils finlandais
Envie de courir nu chaussé de moon boots sur la grande muraille de chine
Envie de coller quelques mots, juste pour la rime
Envie que la mer monte
Envie d’huîtres
Envie de fric
Envie de sexe
Envie de bain dans l’océan
Envie d’être au-delà les bras béants en vous chantant: Je suis vivant!

La main droite ligotée par un compte débiteur suicidaire : je suis vivant!
La main gauche ligotée par la sainte pression sociale protocolaire : je suis vivant
Les deux pieds ligotées par la grande bureaucratie, mégalo, politico, administrativo instable,
En plein délire chronique prêt à péter un câble : je suis vivant
Suspendu à une branche, sciée au préalable : je suis vivant

Je tente encore de croire, tente encore de voir,
Dans vos yeux une lumière qui ne sent pas le souffre,
Une couleur qui n’appelle pas le gouffre
Tente, de ne pas me sentir seul
Tente d’ouvrir ma gueule
Pour voir, juste pour voir…
Si les tiroirs sous ma langue ne sont pas vides
Si sous la pression, je reste encore solide
Si mon esprit n’est pas devenu un de ces trous sordides
Pour voir, juste pour voir…
Le soleil se lever, tes yeux s’ ouvrir avec
Pour voir la mer monter et y vider ma tête
Pour voir, pour rien, pour y plonger mes mains
Pour voir, pour boire, pour croire,
Pour boire de l’eau salée
Et pisser l’air de rien à côté de la bouée
Avoir peur des requins
Pour rien
Pour voir
Loin de cette nuit,
Loin de cette ville,
Loin de cette pièce,
Loin de cette tête
Et quitter cette grande fête introspective
Manque de perspective
D’idées objectives
Lance une objection,
Demande un non-lieu pour éviter tout non sens
Tout nos sens regardent loin devant
Regardent loin devant
Envie de se sentir une fois deux fois mille fois
Envie de se sentir:
VIVANT!

TOUT DOIT DISPARAÎTRE (auteur : Luke Askance)

Ceci est ma ville
j’y laisse des traces
ça fait dix ans que je marque ses trottoirs avec le rythme de mes pas
dix ans que je roule à vélo sur ses pistes cyclables minables
que je creuse mon sillon dans le béton

Ceci est ma ville
elle me laisse des traces
ça fait dix ans que nos chemins se suivent sur les hauts et les bas
dix ans que son rythme rentre en moi

Je laisse ma silhouette sur ses murs sous le soleil
je tourne mon visage vers son ciel sous la pluie
sous les orages, c’est ses coins sombres qui m’abritent
ça fait dix ans que je traîne mon ombre dans ses streets

Ceci est ma ville
et je m’demande
à qui je dois adresser mes reproches
parce que ma ville
est en train de dis-par-aître
et je veux savoir
dans quelles poches ?

Sur le pont des Catalans sous le soleil je me demande, c’est qui qui paye
pour faire couler du béton sur les berges de la Garonne ?
La ville est comme un rasta perverti dev’nu allergique à l’herbe –
elle préfère l’odeur des pots d’échappement pour se taquiner les neurones…

La ville est en train de devenir chauve
elle subit des chutes de verdure plus précoces que mes cheveux
même les p’tites touffes d’herbe autour des arbres sont pas sauves
et en dix ans, personne m’a demandé ce que je veux

C’est ma ville !

Mais c’est pas que d’la pelouse que l’on lose dans Toulouse
et je ne fais pas d’excuses pour ces nouveaux Expulsion blues…

Parce que le Clandé
qu’est-ce qu’ils veulent faire avec le Clandé
Huh ?
Pourquoi ils veulent toujours tirer
tous les tapis de sous nos pieds ?

(Tout doit disparaître
Expulsion blues number one)

Trois Petits Cochons
disparu
les squatteurs du Couvent
disparu
place Arnaud Bernard
c’est foutu
les foyers pour les clochards
disparus
le Cosy Café
pourchassé
Puerto Havana
harcelé
les quartiers populaires du centre ville
explosé ! (parfois on s’demande si les salauds l’ont pas fait exprès)
et le Mandala
résistant
Mix’Art Myrys
toujours présent
l’Observatoire
récalcitrant
et la Chapelle, elle est belle, mais je lance l’appel
parce que c’est toujours la querelle…

Parce qu’il y a des gens de bien
qui travaillent à la Mairie
On verra c’que fait Cohen
Mais à l’époque c’était Douste-Blazy
Et Opus Dei
le travail de Dieu
quand je vois un dieu qui travaille comme ça
je ne sais pas quel dieu invoquer

C’est notre patrimoine, ce sont nos traces et nos espaces
les identités sont plurielles, faut pas qu’on les efface
parce que de l’histoire, ils font la réécriture –
j’vais pas faire la liste de toutes les crimes contre l’architecture

Mais le métro
c’est combien ?
Toulouse-plage
c’est combien ?
le TNT
c’est combien ?
la Médiathèque
c’est combien ?
le centre de rétention de Cornebarrieu
c’est combien ?
le Marathon des Mots
400 000 euros par an pendant 4 ans…
Toulouse 2013
Ah non, c’est Marseille, tant pis, ha !
Airbus
c’était COMBIEN ?
Ne me dis pas
qu’il ne reste rien…

Parce que nous autres, tous c’qui riment à l’anonyme et l’inconnu
pour une certaine population qui se croit bien au-dessus –
nous sommes là, à côté de tous les autres dans la rue
et nous ferons toujours partie de cette ville

Et on n’veut pas de votre trésor – on va pas vider les caisses
leurs trafics, leurs spéculations, on les laisse
mais nous sommes là pour toujours, et nous exigeons notre dû
et c’est très simple, ça fait : Laissez-nous tranquilles !

C’est ma ville
et je m’demande
à qui je dois adresser mes reproches
parce que ma ville
est en train de dis-par-aître
et je veux savoir
dans quelles poches ?

Ceci est ma ville
elle me laisse des traces
ça fait dix ans que nos chemins se suivent sur les hauts et les bas
dix ans que son rythme rentre en moi
dix ans que son rythme rentre en moi
dix ans que son rythme rentre en moi.

L’EMPREINTE (auteur : Lili June)

J’écris.
J’écris pour dire
J’écris pour vivre
J’écris pour être, pour renaître
J’écris pour rester et ne pas m’envoler
J’écris pour ne pas perdre le sens de mes mots
J’écris pour oublier ton nom
J’écris pour accepter le mien
J’écris pour briser le cordon
J’écris pour dénouer tes liens
J’écris pour cracher le poison
J’écris pour qu’il ne reste rien.

A qui la faute ?
Tu ?
Mais
Tu
Me
Manques
Tu me manques
Tu
Me
Tu.

Aujourd’hui encore
Ton image s’accroche
Marque l’empreinte
L’étreinte du souvenir.
Dans mon ventre les secousses de nos ébats d’autrefois me font écho
Et laissent un vide au silence froid et au sang chaud
Un creux béant que je ne cesse de combler par des mots.
Les réminiscences tapies au fond de mon cœur assiégé,
Brisent ma forteresse en un seul coup de dès,
C’est là que le bât blesse, les remparts ont cédé. Et….

Je me plonge dans le rêve pour mieux te retrouver !
Je me plonge dans le rêve et je me tais.
Et je m’y perds, et je m’y sème.
Les yeux rivés sur la pendule
Mon esprit déambule dans tes appartements.
Le réel me rattrape, me jette en pleine face notre dernière nuit
Les sanglots longs s’échappent, les violons projetés sous la pluie
Ne savent plus jouer aucune symphonie…

J’y croyais presque à notre idéal idylle
Fut-il un brin futile ?
Ne me pardonne pas
Je ne m’excuse pas
Je crache
Le poison !
Expulse, expose, exhume, explose,
Je tire un trait, je tire un trait,
J’écris pour rester et ne pas m’envoler
Et stop

Passe ton tour
Tourne la page
Retour à la case départ
Nouvelle donne
Joue la revanche
Nouveau départ
Retour à la page blanche.

De l’air, de l’air !
J’ouvre la fenêtre ça pue le renfermé
Les idées rances, l’errance de la pensée
Le mur des lamentations c’est fini.
J’ai trop démantelé, démonté un à un les rouages de mon système mental
N’insiste pas !
J’ouvre la fenêtre ça pue le renfermé
Et j’éjecte ton double de ma tour d’ivoire pour y voir plus clair.
Oh, il vole dans les airs !
Je sais ça se fait pas mais j’ai les nerfs alors, merde.
De toute façon, au point où on en est,
C’est toi
ou moi…
Je préfère rester là.

Vole, vole maintenant, vole
Et de tes propres ailes.
Je ne ramasserai plus tes éclats de verre
Je ne soignerai plus tes plaies
Je ne déposerai plus de fleurs sur notre cimetière
La dalle est scellée.

Vole, vole maintenant, vole.
Les violons se plaisent à jouer le chant de l’exil
La pluie a fini de tomber.
L’eau a coulé sous les ponts de mon orgueil
Elle a tout emporté.
Et derrière elle, j’ai retrouvé mes ailes
Ma plume
Mes mots
Ma bouche
Alors moi ?
Ça va.

QU’ON ME PLIE (auteurs : Cyclic et Zedrine)

Je balance des tonnes de soupirs
Car les temps présents m’indisposent
Je m’embarasse, m’empêtre dans les dites choses inutiles
A petite dose please, petite dose please
Mon dos se plie, mes yeux se plissent
Cause acquise aux névroses
Ce n’est que partie remise
Je mise mon calbute et ma chemise
Sur la prochaine crise

J’accepte
Avec compassion les miettes
Qu’on me tend généreusement
Ma tête est nerveusement
Attaquée sérieusement
Envahie insidieusement

Je m’assène
Quelques coups d’fouet pour la peine
Au diable la patience et le flegme
Quelle veine !
Qu’on me plie et qu’on m’emmène
Qu’on me plie et qu’on m’emmène
Qu’on me plie et qu’on m’emmène
Qu’on me plie…

Je m’attaque au dénouement douteux
Sans plus de conviction
Penser, mourir, au mieux ronger son frein
Je regarde les paumes de mes mains
Des lignes de vie y dégoulinent
Avec de fausses allures sublimes
Drôles d’oiseaux, d’augures incertaines
Un 7ème ciel au plafond délavé
Peinture, azur usé
Tâche grisâtre, brumeuse et malsaine
Je m’assène
Quelques coups d’fouet pour la peine
Au diable la patience et le flegme
Quelle veine !
Qu’on me plie et qu’on m’emmène
Qu’on me plie et qu’on m’emmène
Qu’on me plie et qu’on m’emmène
Qu’on me plie

Qu’on m’emmène, moi aussi
Qu’on me plie, moi aussi
Qu’on me plie, qu’on me plie
Qu’on me plie en quatre
Quatre fois plus petit j’essaie de disparaître
Sous pli je m’envole, par voie postale
Affranchi grande distance, je veux juste mettre les voiles
Loin du discours socio-carcéral
Qui met chaque minute à mal
Mes plus banales envies
Qu’on me plie, qu’on me plie
Qu’on me plie en quatre
Quatre fois plus petit, je rentre dans ta valise
Emmène-moi visiter la banquise
Du blanc, du blanc, encore du blanc
Un désert blac et sans stress
Comme c’est apaisant…

Allez, on a qu’à faire semblant
Juste un instant
Puisqu’il n’y a que l’instant qui compte
Emmène-moi dans un conte de fée
S’il te plaît, fais comme si tu savais comment nous soulager
Les bras de Morphée sont froids
Ils ne me font plus aucun effet
Fais-moi vibrer, fais-moi sourire
Et fais-moi rire, fais-moi rire !
Je veux qu’on me plie en quatre de rire
Je voudrais tant parfois prendre le monde à la légère
Ne plus entendre ces tonnes de soupirs qui m’exaspèrent
Mais j’exagère, je crois
J’exagère

Qu’on me plie et qu’on m’emmène, très bien
Mais qu’on ne m’emmène pas trop loin
Et qu’on me ramène bientôt
Qu’on me déplie, qu’on me fasse beau
Et qu’on me repasse au fer chaud
Ça vaut le coup, c’est promis
Ça vaut le coût !
Ça vaut le prix qu’ça vaut
Car tout a un prix, n’est-ce pas ?
Tout a un prix, n’est-ce pas ?

Qu’on me plie et qu’on m’emmène

Qu’on me plie, qu’on me plie en quatre !

80 KM DE TOULOUSE (SANS AMPHÉTAMINES) (auteur : Luke Askance)

à Dick Annegarn

80 kilomètres de Toulouse sans amphétamines
et le soleil tape tape tape comme un fusil submachine
il résonne sur ta tête comme une mi-mi-mi-mitraillette
et les portes de la voiture ne s’ouvrent plus
les lézards ont la taille d’iguanes
les sauterelles sont des locustes
c’est un weekend à la campagne
et il n’y a plus de bus

La station d’essence est pleine de gens
ils sont tous armés jusqu’aux dents
ici le temps est compté au compte-gouttes
ni Greyhound ni route 66
pour te sauver de la milice
le Corail, le TER, ils sont en grève
le festival de poètes dans le pré m’a pris pour cible
c’est un champ de bataille avec une seule issue possible
il y a une seule chose à faire à la campagne
c’est se faufiler sous une montagne
mourir tranquille

Qui a fait le poisson d’avril en plein milieu de juin ?
le panneau qui disait IMPASSE a été volé par quelqu’un
je visite le lavoir du village
pour voir l’état de mon visage
une tête de mort sourit dedans
avec un couteau entre les dents
et un requin sort ses nageoires – je l’esquive
je pars en courant sur la route
les mains en l’air, c’est la déroute
et dans la petite chapelle, une chorale chante : « I BELIEVE ! »

L’intercontinental highway n’est pas encore construit
je suis juste passé voir l’état de mon état
j’ai grillé un feu rouge en courant – quelqu’un gueule « C’est un délit
on te renverra en Angleterre si tu fais ça ! »
Jésus n’est plus sur la croix au croisement de la rue
il est gisant dans un fossé couvert de sang et moitié nu
il dit « Ca fait des années, je suis enfin descendu
est-ce que quelqu’un peut pas m’apporter un jean ? »

La police arrive en camion avec tous les apôtres
ils disent « Encore un juif, enfermez-le avec les autres ! »
puis ils partent chercher des beurs, me disant « T’es pas un des leurs ? »
je prends mes jambes à mon cou…
le soleil s’est couché derrière une colline

Je le réveille, en disant « Qu’estu fait ? il est seulement 17 heures !
il répond « Tu me fais halluciner, t’as vu un peu la chaleur ?
Ça me fait tourner la tête, ça me ralentit le cœur
et j’en ai marre de vous aveugler, je suis pas un type méchant
mais vous êtes trop intéressés par le prix du carburant
j’ai fait fondre les Pyrénées, je dessèche la Garonne ! »
C’est un weekend à la campagne et il n’y a plus de couche d’ozone !

Alors c’est parti pour la nuit
les insectes nocturnes font plus de bruit
que les poètes, qui sont parti-e-s
participer au pillage
de toutes les maisons des voisins
à la recherche d’une goutte de vin
il y en a pas, c’est la cata, c’est le saccage !
J’essaye de dormir dans un champ
mais il y a trop de vibrations
entre la pleine lune et la terre, c’est un micro-onde

Je dis « Mais arrêtez vos énergies
c’est mon cerveau, je vous en prie
je n’en peux plus de cet état transcendental ! »
La lune rigole, la terre secoue
Et je vois l’ombre d’un hibou
énorme, qui dit « Pas de camping sans lobe frontale ! »
« Vive Rimbaud ! » je dit « et vive Verlaine
vive Edith Piaf et Baudelaire ! »
Le hibou répond « Vive Ségolène
voyou, je suis ton encadrement militaire. »

La lune s’éteint
la terre s’arrête
le hibou me dit « Je vous arrête
venez pour que je puisse vous pendre sur cette branche »
Je dis « Ils ont sacrifié Jésus aussi ! »
Le hibou répond « Tu n’es pas lui »
Je m’endors
le lendemain, c’est dimanche…

80 kilomètres de Toulouse sans amphétamines…

L’ENFANT CRUEL (auteurs : Cyclic et LiLi June)

Sans temps, ma sentence,
Tu as cent ans, cent années,
J’ai senti l’enfant s’évanouir, se tanner
Sous le poids des années.
Sans temps, ma sentence,
L’enfant a cent ans, cent années,
J’ai senti son âme s’évanouir, se tanner
Sous le poids des années.

Coup de blues
Coup de coude
Dans tes dents
Pour t’aider à grandir
Petite tête.
Pourvu que tu t’endormes
Petit con, petite conne
Que tu es, que je suis, que nous sommes
L’enfant fout l’ camp
L’enfant fou campe.
Persiste.
Je
Somnole
Les yeux lourds
Luttent pour
L’innocence
J’oeuvre, je cours
A tout bout d’ chance
Pour
Des non sens
J’énonce des nasses d’heures
Des ronces d’or, des empreintes sur le cœur.
Marquantes cicatrices
Dansantes
Sous mes rides
Sous nos rides, nos visages
En vis à vis qui
Se dérobent
Sensibles
Invisibles

Goût fade
Âpre
Sous ma langue
Des armées qui s’enrobent
Dans des robes chambres
Je, nous.
A genoux
Déglutition.
Digestion.
Acides
Estomac noué,
Mon ventre s’ouvre sous le poids des années
Nous et je
Enfant.
Reste !
Reste un peu s’il te plait
Quelqu’un doit plaider ma cause,
Aux pays des coupables
Innocents

Sans temps, ma sentence,
Tu as cent ans, cent années,
J’ai senti l’enfant s’évanouir, se tanner
Sous le poids des années.
Sans temps, ma sentence,
L’enfant a cent ans, cent années,
J’ai senti son âme s’évanouir, se tanner
Sous le poids des années.

Je me perds, je t’oublie, enfant.
Pourquoi as-tu fui devant mes longues dents
Aiguisées ?
Je m’étais pourtant bien déguisé.
Avais bien digéré,
Ta grand mère,
ta mère,
ton père
et ton chat
Petit chaperon rouge
Tu bouges dans mon ventre entre la mauvaise graine et la belle plante
Si je refais mes contes,
Ce n’est pas l’histoire qu’on t’avait racontée
Petit chapérave
Ça ne vient pas de ton livre
Mais du fond de ma cave.
J’y ai mangé le loup
Niqué la crémière
Arrangé ma crinière
Joué le fauve
Le fou
Le faux semblant
Et du sang et du sang
Et du sang sur mes lèvres, petit enfant cruel

J’ai dompté le monstre caché sous ton lit à grand coup de truelle
Allongé les billets, la coke et le whisky pour soudoyer le père noël
Quant à la mère noël ?
Je l’ai mise à Pigalle en porte-jarretelles
Les roses et les choux, des clous !

J’ai arrangé un convoi exceptionnel, avec cet ivrogne de cigogne,
Entre le paradis et le bois de Boulogne
J’ai éclaté Cendrillon à coups de potirons
Tué le prince charmant, oui je suis sans vergogne
Les princesses je m’en cogne !
Elles me bouffent dans la pogne.
Mister Mac Disney ne m’invitera plus à diner
La belle au bois dormant est accro à l’opium,
Blanche neige, à la Cocaïne
Les sept nains au Valium
Bamby en désintox avec Rouky et Rox
La petite sirène, injectée au botox
Demande à ta mère si tout çà c’est d’ l’intox !
Ah oui c’est vrai tu peux pas… on l’a bouffée hier
Allez pleure pas petit, t’avais vraiment pas d’quoi être fier

Un grincement sous ton oreiller ?
Une tapette à souris que j’avais oublié
On a gardé la monnaie pour soigner nos caries ?
Allez chiale pas petit, c’est la vie c’est la vie
Et si on est comme ça, vois-tu
C’est qu’on nous a trop cogné dessus
J’ai été enfermé 6 ans dans une soute
On m’a abandonné sur une aire d’autoroute
J’ai été recueilli par des loups alcoliques et féroces
Je me suis fait violer par la fée carabosse.
Visité la maison des trois petits cochons,
Les uns après les autres ils m’ont pris dans un groin
Me laissant presque mort dans le froid du matin
oui petit … dur destin!
Allez chiale pas j’te dis et surtout va t’en loin,
Et ne nous demande ni où
Ni pourquoi, ni comment ?
Oui c’est comme çà, petit,
Nous sommes très, très, très, très
MÉCHANTS !

Sans temps, ma sentence,
Tu as cent ans, cent années,
J’ai senti l’enfant s’évanouir, se tanner
Sous le poids des années.
Sans temps, ma sentence,
L’enfant a cent ans, cent années,
J’ai senti son âme s’évanouir, se tanner
Sous le poids des années.

DEATH PROOF (auteur : Luke Askance)

Ceci est une vraie histoire
nous traversions la route, rentrant du cinéma
c’était la nuit
les voitures passent
leurs phares brouillés par les taillades de pluie
que la lumière fait briller dans l’espace

D’où on sort ? “Boulevard de la mort”
Tarantino vient de faire une collision routesque
maîtrisée comme l’œuvre de toute une vie
grandiose, grotesque
et nous maintenant pataugions sous la pluie
très loin d’Austin, Texas ou de Liban, Tennessee
Même si le caniveau coule comme le Mississippi
et, trempées dans nos chemises d’été, nos sandales
nous gagnons enfin l’autre rive de la rue
mitraillé-e-s par le jaillissement en rafales de la pluie
et puis, à deux pas derrière nous
il vient un bruit

un poc de quelque chose de creux qui prend un choc
un crac de pare-chocs en plastique qui s’entreclaquent
grincement de métal sur métal – des sons
qui éclatent dans le noir
presque aussi vrais que si c’était au cinéma…

on se retourne
et là on voit
non pas une Dodge Challenger 1970 toute blanche mais,
noire et grise,
une Smart
finissant de tourner sur elle-même au beau milieu du boulevard
tous feux éteints
assommée comme un gros cafard

On se regarde. Plus de mouvement du cafard.
WISSH – les autres voitures – rien de plus banal
qu’une petite caisse en détresse au bord du canal
j’approche (WISSH WISSH) et j’ouvre la porte, qui craque…

Petite dame
cheveux fins, virant sur le gris
petit morceau de chiffon en chemise fleurie et synthétique
elle grippe encore le volant, me regarde
des yeux de taupe derrière grosses lunettes
« Ça va ? Vous devez être un peu sonnée, non ? » – « Oui »
sur le siège à côté, deux plaquettes
de somnifères, vidées
tout comme la bouteille de cidre en plastique

On tire la voiture hors de danger
la dame ne veut ni SAMU ni médecin
ni pompiers (« Je veux pas déranger »)
et elle dit qu’elle attendra plutôt demain
pour appeler son mari

Et elle reste accrochée sur le siège
cherchant des cigarettes, cachant les cachets
nous, nous sommes condamné-e-s à nager
fantômes de noyé-e-s autour d’un radeau
« Madame – c’est vraiment pas très rigolo
ce s’rait sûrement plus sage de venir avec nous sur le rivage
venir à la maison boire un thé, peut-être passer la nuit
vous partirez demain un peu requinquée
mais s’il vous plaît – sortons de la pluie ! »

Dans le salon enfin
rhabillée ‘vec les vêtements des colloques, elle nous explique
sa journée, sa démarche – rien de plus logique :
elle était venue de Grenade, rendez-vous chez le psy
(« Sinon j’aurais pas eu l’ordonnance »)
elle a avalé les deux plaquettes – « Je croyais être tranquille cette nuit
et ne plus me réveiller – mais j’ai pas eu de chance »

Elle s’était réveillée – six heures plus tard
non pas dans l’autre monde, mais toujours garée dans son cafard
enterrée dans le béton du parking souterrain de la place Arnaud Bernard

Et elle reprend le volant ! Petite dame
la tête dans le brouillard, la Smart
tous feux éteints, pour négocier à l’aveugle la nuit dehors
et celle dedans son âme

(« Mais vous alliez jusqu’où comme ça ? L’Espagne ? »
elle répond : « Pourquoi pas ? »)

Elle passe la nuit chez nous
le lendemain elle est partie, laissant
le sac de couchage moulé dans la forme de son esprit fatigué
prenant
le t-shirt et le jogging des colloques

Sur le boulevard, plus de Smart
juste un rétroviseur cassé et un morceau de pare-choc.

La vie est un songe, je vous le dis.
La mienne, au moins.
Et c’est peut-être pour cela
que moi, je reste en vie.

LE VERBE (auteur : Zedrine)

Le Verbe
A l’origine était le Verbe
Point à la ligne
Le Verbe
Point à la ligne
Le Verbe
Point à la ligne
Le Verbe était à l’origine de la Pensée
la Pensée
la Pensée qui décline, qui s’incline
dans le sens dans lequel le vent veut la faire pencher
Penser à épeler le Verbe pour ne pas l’écorcher
Panser les plaies des Origines
Et torcher les plaies que tous les régimes ont laissé couler
Penser le Verbe comme si la gerbe n’avait jamais coulé
Envisager un verbe dérivé de COOL
Hé!
Ca fait cool-er, cool-er

Le doute s’est emparé de moi
Je me pose des cas de conscience
Et, tout autour de moi, des tas de cons se lancent
dans des débats teubés où les mots dansent
et se perdent, se perdent,
dansent et se perdent
A l’origine était le Verbe
Point à la ligne
le Verbe
Point à la ligne
le Verbe
Point à la ligne
le verbe dire, faire,
inventer déjà des verbes plus durs :
juger, condamner, faire peur
Contrôler, faire peur
(Le Verbe était à l’origine de la Pensée)
S’épancher, s’émouvoir, se souvenir,
libérer, se soutenir, libérer,
anéantir nos espoirs de paix
Pourquoi
anéantir nos espoirs de paix ?
Pourquoi
le Verbe était-il si fier à l’origine ?
Été, à l’origine il était, Hiver
DOM-TOM ensoleillés pour les vacances, frère
les vacances
Pour les vacances
le Verbe s’est fait chair
le Verbe s’est fait
de plus en plus cher
Car, le Verbe est à vendre
alors, sortez la monnaie !

Qui veut le verbe aimer ?
Qui veut dormir ?
Qui veut le verbe rêver ?
Qui veut choisir ?
Qui veut pouvoir ? décider ?
Qui veut se laisser faire ? et se laisser aller ?
A l’origine
les verbes étaient tous
sur la même ligne de prix
dans la même ligne de mire
des paires de burnes qui,
entre pairs
s’entretenaient
et s’entretiennent encore
sur la question de comment mater la mort
Comment mater la mort ?
Mater, observer, voyeurisme exacerbé
A l’origine était le Verbe naître,
risquer d’être
mais sans choisir
Où, quand, comment ?
Le monde a décidé pour toi, mon enfant
Il y a des verbes en trop
depuis trop longtemps
mais comment le leur dire
Amalgamer, acculturer, se suffir
Isoler, pourrir
les racines fauchées
La Pensée
Envisager le contrôle des Origines
et laisser faire
tant qu’on préfère éviter la guerre
Merde !
Libérer la Pensée
Libérer le Verbe
et le penser
comme si la gerbe
n’avait jamais coulé
Envisager un verbe
dérivé de COOL
Hé !
ça fait cool-er, cool-er
Merde !
Libérez le Verbe !
et laissez-le COOL-ER !

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